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Quand on demande à Albert Goldberg pourquoi, bientôt septuagénaire, il s'est lancé dans l'aventure d'une nouvelle marque de vêtements pour hommes, lui qui a inventé avec Façonnable voilà un demi-siècle, le sportwear chic, Albert Goldberg, cite... Compay Segundo et Zinedine Zidane.
Cela mérite une explication: "Le guitariste cubain et ses amis musiciens du Buena Vista Social Club ont connu un succès mondial à quatre vingt ans passés. Zidane a accepté, en fin de carrière, de revenir dans l'équipe de France de foot pour la conduire en finale de la coupe du monde. Cela montre qu'ils n'avaient pas fini, qu'ils n'étaient pas allés au bout de leur chemin. Eh bien, moi non plus je n'avais pas fini... J'aurai pu m'offrir un yacht et me balader autour du monde. J'ai préféré investir dans une nouvelle marque". Et il ajoute : "J'ai acquis la maturité. Ce qui était de l'ordre de l'instinct s'est transformé, à travers l'accumulation des expériences, en maîtrise d'un métier. D'ailleurs, je n'avais jamais cessé de revenir, de six mois en six mois, de collection printemps-été en collection automne-hiver.." Cette maîtrise, elle apparaît dans toute sa plénitude lorsqu'on découvre la boutique qu'Albert Goldberg vient de créer à l'angle de la Promenade des Anglais et de la rue Massenet, à Nice. Ce qui frappe le visiteur c'est cette impression de jamais vu. Si la perfection est ce qui reste lorsqu'on a tout enlevé, alors cette boutique, sublime à force de dépouillement et de simplicité, s'en approche de près. On retrouve, bien sûr, ce qui fait son élégance dans les vêtements qui, ais-je envie de dire, peuplent ses rayons et constituent la première création d'Albert II, qui se succède ainsi à lui-même. "Le véritable luxe pour moi, dit-il, ce n'est pas ce qui se voit au premier coup d'œil. Le luxe c'est le travail bien fait et le choix des matières nobles. C'est pourquoi l'artisan est roi dans le monde du vêtement comme dans celui du meuble ou de l'horlogerie. Je ne peux travailler qu'avec des gens qui aiment ce qu'ils font".


"Monsieur Jean"
Lui n'a jamais hésité à parcourir le monde à la recherche de ces artisans capables de bâtir une chemise, de construire une veste à la main comme, jadis, un tailleur sur mesure. Et qu'il ait appelé sa nouvelle marque "ALBERT ARTS. LE FILS DU TAILLEUR" n'a rien d'anecdotique. Art comme artisan, quant au tailleur c'est, bien sûr, "Monsieur Jean", son père qui maniait le ciseau, la craie et la pelote à aiguilles comme personne dans la boutique mère de la rue Paradis. Ce père dont il dit, la voix brisée par l'émotion, qu'il voudrait qu'il soit fier de lui.
La confidence traduit un sens profond de la fidélité et de l'authenticité qui sont, je peux en témoigner, deux traits marquants de sa personnalité, de l'homme comme de l'artiste. A ce double titre, le choix de la Promenade des Anglais n'est pas le fait du hasard, tout au contraire.
Et Albert Goldberg explique: "Pour moi, la Prom' c'est, à 5 ans, mon oncle Léon qui m'emmenait à la plage. Puis, 17 ans, le Palais de la Méditerranée où j'allais danser avec ma fiancée, la plus belle de Nice. Et le foot sur la plage du Forum avec mes copains et les chambres à air de camions qui nous servaient de bouées."
"A l'armée, en Alsace, j'avais accroché au mur un poster de la Promenade des Anglais et je rêvais de pouvoir un jour, y habiter. Mais la Prom' n'a pas été traitée comme elle le méritait. Le Ruhl a été assassiné au nom du fric. Heureusement on a encore le Negresco et la façade du Palais de la Méditerranée. Les gens du monde entier connaissent la Baie des Anges comme Copacabana, Piccadilly ou la 5éme Avenue. C'est une adresse magique. Il faut que la Promenade des Anglais retrouve tout son lustre. J'ai voulu avec ma boutique participer à cette renaissance."

Roger-Louis Bianchini.